François RYius : « Les artistes africains doivent apprendre à vendre leur musique au-delà de leur communauté »

Producteur et patron de One Way Production, François RYius possède une expérience importante dans l’organisation de concerts et de tournées en Europe et dans les territoires ultramarins. Au fil de son parcours, il a travaillé sur plusieurs événements et tournées, notamment dans l’univers du reggae, avec des concerts organisés dans les Antilles et en Europe.
Fort de cette expérience du spectacle vivant, il porte un regard particulier sur les difficultés rencontrées par de nombreux artistes africains lorsqu’ils cherchent à s’implanter durablement sur le marché européen.
Sortir du cercle communautaire
Pour François RYius, l’un des principaux défis réside dans la capacité des artistes africains à dépasser leur public communautaire.
Selon lui, un artiste qui souhaite réellement développer sa carrière en Europe ne doit pas uniquement chercher à remplir des salles avec la diaspora de son pays. Il doit également être capable de présenter sa musique à un public européen plus large.
Cette démarche nécessite, estime-t-il, une véritable stratégie et un accompagnement professionnel adapté aux réalités du marché européen.
« Se faire accompagner par des professionnels »
Le producteur encourage ainsi les artistes à s’entourer de professionnels connaissant les différents circuits du spectacle, de la communication, de la production et de la diffusion musicale en Europe.
Pour lui, le talent artistique ne suffit pas toujours. La structuration, le positionnement, la communication et la compréhension du marché jouent également un rôle déterminant dans le développement d’une carrière internationale.
Cette approche suppose aussi que les artistes acceptent de travailler avec des professionnels qui maîtrisent les codes du marché européen, même lorsque ceux-ci ne sont pas issus de leur communauté.
Une expérience construite sur le terrain
François RYius s’appuie notamment sur plusieurs années d’expérience dans l’organisation de spectacles. Il évoque des tournées dans les Antilles, avec notamment cinq concerts réalisés avec un même artiste et des salles régulièrement très fréquentées.
Son parcours l’a également amené à travailler dans l’univers du reggae et à participer à des événements autour de grandes figures de cette scène, dont Ziggy Marley.
Cette expérience lui permet de mesurer l’importance de la connaissance du public, du territoire et des réseaux professionnels dans la réussite d’un événement ou le développement d’un artiste.
Vendre la musique guinéenne au public occidental
Dans le cas de la Guinée, François RYius défend une ambition qui dépasse le simple marché de la diaspora.
L’objectif, selon cette vision, serait de parvenir à faire découvrir et vendre la musique guinéenne au public occidental, en développant de nouveaux publics en France et plus largement en Europe.
Cela implique de présenter les artistes guinéens non seulement comme des représentants d’une communauté, mais comme des artistes capables de s’inscrire dans un marché musical international.
La question est donc autant artistique que stratégique : comment transformer la popularité d’un artiste auprès de sa communauté en véritable ouverture vers le grand public européen ?
Pour François RYius, la réponse passe notamment par le professionnalisme, la structuration et l’accompagnement.
Un changement de stratégie nécessaire ?
Le message du producteur s’inscrit dans un débat plus large sur la professionnalisation des carrières africaines en Europe. La diaspora constitue un marché important et un véritable soutien pour de nombreux artistes. Mais pour franchir un nouveau cap, certains professionnels estiment nécessaire de conquérir également d’autres publics.
Une démarche qui demande du temps, des investissements, une stratégie de communication adaptée et surtout une connaissance précise des circuits européens.
Pour les artistes guinéens qui ambitionnent de s’imposer durablement en Europe, le défi pourrait donc être de passer d’un public communautaire à un public international, sans pour autant perdre leur identité artistique.
