Enlèvement de Me Mohamed Traoré : le Barreau de Guinée en assemblée extraordinaire, l’indignation atteint un point de rupture

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Conakry, 23 juin 2025 – Face à ce que beaucoup qualifient désormais d’atteinte grave à l’État de droit, le Barreau de Guinée s’est réuni ce lundi en Assemblée Générale Extraordinaire, dans la salle historique ayant abrité le procès du massacre du 28 septembre. L’ordre des avocats, secoué par l’enlèvement et les actes de torture infligés à Me Mohamed Traoré, ancien bâtonnier, entend durcir sa position.

La convocation, signée le 21 juin par le Conseil de l’Ordre, faisait état de faits d’une gravité exceptionnelle, appelant à une mobilisation sans précédent. Et la réponse a été à la hauteur de l’enjeu : tous les ténors du Barreau guinéen ont répondu présent à l’appel lancé par Me Faya Gabriel Kamano, bâtonnier par intérim. Parmi eux : Me Salifou Béavogui, Me Almamy Samory Traoré, Me Lancinet Sylla, Me Galissa, Me Mory Doumbouya, ainsi que Me Djibril Dioubaté, ancien bâtonnier.

Une réunion sous haute tension

L’ambiance était lourde et solennelle à la Cour d’appel de Conakry, où les discussions se sont tenues à huis clos, à l’abri des regards des journalistes. Si peu d’éléments ont filtré durant la séance, des sources proches du Barreau évoquent une volonté ferme d’adopter une réponse collective forte. Parmi les options envisagées : le boycott des audiences, un appel à la grève générale des avocats ou encore la saisine d’instances internationales.

Un avocat présent confie à notre rédaction : « Ce n’est plus une simple atteinte contre un confrère, c’est une attaque directe contre la profession et les principes fondamentaux de justice ».

Des voix politiques s’élèvent

En parallèle, le Bloc Libéral de Dr Faya Millimouno a publié une déclaration dénonçant un acte « illégal, barbare et humiliant », appelant à une enquête indépendante, impartiale et crédible pour identifier les auteurs, les commanditaires et les complices de ce qu’il qualifie de « dérive sécuritaire intolérable ».

La formation politique insiste sur l’urgence de rétablir la confiance entre les citoyens, les institutions judiciaires et les forces de sécurité, alors que les cas d’agressions ou d’intimidations contre des avocats, journalistes et activistes semblent se multiplier ces derniers mois.

Un contexte inquiétant

L’affaire Traoré intervient dans un contexte tendu pour les libertés fondamentales en Guinée. L’enlèvement de l’avocat, suivi selon les témoignages de séquestration, de tortures et de traitements inhumains, ravive les craintes d’un retour aux méthodes répressives dans la gestion des voix critiques.

Le Barreau de Guinée, pilier de la défense des droits, estime que l’indépendance de la profession d’avocat est en danger. Sa convocation stipulait explicitement que tout avocat manquant à l’assemblée ou participant à une audience ce jour s’expose à des sanctions disciplinaires — une première qui en dit long sur la gravité de la situation.nce basé sur la souveraineté et la stabilité.

Et maintenant ?

À l’issue de cette assemblée, des résolutions fermes sont attendues. Le Barreau, qui dans un communiqué antérieur avait exprimé son indignation et exigé la vérité, semble prêt à entamer un bras de fer inédit avec les autorités, si la lumière n’est pas rapidement faite sur cette affaire.

Le silence des autorités judiciaires et sécuritaires, jusqu’ici, alimente l’indignation et la suspicion. Certains au sein du Barreau n’hésitent plus à parler de harcèlement ciblé contre les défenseurs des droits, dans une Guinée qui peine à apaiser ses tensions internes.

Dans un pays engagé dans un processus de transition censé rétablir les principes républicains, le traitement de cette affaire sera déterminant. Il dira si, oui ou non, la Guinée reste un État de droit où les libertés et l’intégrité des avocats sont garanties.

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